Pourquoi Anvers fête-t-elle les mères le 15 août ? L’histoire d’une tradition unique

Pourquoi Anvers fête-t-elle les mères le 15 août ? L’histoire d’une tradition unique

Aujourd’hui, partout en Belgique, les bouquets de fleurs colorent les salons et les tables de restaurants se remplissent pour honorer nos mamans. Pourtant, si vous traversez la frontière linguistique ou que vous vous rendez dans la province d’Anvers, le calendrier semble s’être arrêté. Là-bas, le silence règne… ou presque. Alors que nous célébrons la Fête des Mères en mai, les Anversois, eux, attendent patiemment le 15 août. Pourquoi cette dissidence géographique ? Plongée au cœur d’une tradition centenaire qui fait la fierté de la Métropole.

L’origine : Le combat d’un homme pour les valeurs familiales

Tout commence bien avant l’arrivée des traditions américaines en Europe. En 1913, l’échevin anversois Frans Van Kuyck s’inquiète de l’évolution de la société. Dans une époque en pleine révolution industrielle, il craint que la structure familiale ne s’effondre et que le rôle central de la mère ne soit balayé par l’individualisme.

Pour restaurer le prestige du foyer, il imagine une journée spéciale. Son objectif ? Que la mère soit honorée non seulement par des cadeaux, mais par un véritable repos dominical où le mari et les enfants prennent en charge toutes les corvées du quotidien.

Pourquoi le 15 août plutôt qu’en mai ?

Si le reste du monde suit majoritairement le calendrier anglo-saxon (le deuxième dimanche de mai), Anvers reste fidèle au 15 août pour deux raisons majeures :

1. La Cité de la Vierge

Anvers entretient un lien historique profond avec la figure de Marie. Depuis le Moyen Âge, elle est la patronne de la ville. Choisir le jour de l’Assomption (la fête de Marie) pour célébrer toutes les mamans était un coup de génie symbolique. En liant la mère terrestre à la figure spirituelle la plus haute, Van Kuyck ancrait la fête dans une tradition religieuse et populaire indéboulonnable.

2. Une question d’antériorité

La tradition anversoise a été instaurée en 1913. Ce n’est que dans les années 1920 et 1930 que la « Fête des Mères » telle que nous la connaissons (importée des États-Unis par les mouvements de réforme et les intérêts commerciaux) s’est répandue dans le reste de la Belgique. Les Anversois avaient donc déjà leur propre habitude bien avant tout le monde !

« Moederkesdag » : Une fête plus intime et moins commerciale ?

Aujourd’hui, de nombreux Anversois voient dans la date du 15 août une forme de résistance à la commercialisation excessive de la fête de mai. Pour les habitants de la « Koekenstad », le 15 août est le « vrai » Moederkesdag.

On y retrouve des rituels immuables :

  • Le petit-déjeuner au lit : Préparé par les enfants.
  • Les fleurs et bijoux : Offerts pour marquer la reconnaissance.
  • L’aspect local : La ville d’Anvers se pare souvent de décorations spécifiques, et les processions de l’Assomption se mêlent aux célébrations familiales.

Peut-on fêter les mères deux fois ?

C’est le grand débat chaque année ! Avec la mobilité croissante, de nombreuses familles sont désormais mixtes. Un fils vivant à Bruxelles avec une maman à Anvers se retrouve souvent face à un dilemme : faut-il appeler en mai ou en août ?

La réponse des mamans anversoises est souvent unanime : « Pourquoi choisir ? On mérite bien d’être fêtées deux fois ! »

Conclusion : Une richesse culturelle belge

Que vous fêtiez votre maman aujourd’hui en ce mois de mai, ou que vous fassiez partie des irréductibles Anversois qui attendent le plein été, l’essentiel reste le même : célébrer celle qui nous a donné la vie.

La Belgique est une terre de particularismes, et cette dualité calendaire n’est qu’une preuve supplémentaire de la richesse de notre patrimoine local.