Le Lundi perdu, cette tradition belge où l’on mange du lapin

Le Lundi perdu, cette tradition belge où l’on mange du lapin

Le Lundi perdu (aussi appelé Lundi parjuré) est une tradition populaire bien belge qui revient chaque année en janvier, juste après l’Épiphanie. Dans certains coins, c’est carrément une institution : on se retrouve à table, on désigne un “roi”, on joue le jeu des rôles, et surtout… on mange le fameux lapin du Lundi perdu. Une coutume à la fois festive, un peu théâtrale, et étonnamment codifiée, qui a traversé les siècles et qui reste particulièrement vivace à Tournai (et aussi dans la province d’Anvers).

Lundi perdu, Lundi parjuré : c’est la même tradition ?

Oui : dans la plupart des sources, “Lundi perdu” et “Lundi parjuré” désignent la même fête traditionnelle, avec des nuances de vocabulaire selon les régions et les habitudes locales. Le nom “Lundi perdu” est souvent celui qui a pris le dessus dans le langage courant, tandis que “Lundi parjuré” renvoie davantage à l’origine historique et au folklore ancien.

À quelle date a lieu le Lundi perdu ?

La règle est simple : le Lundi perdu / Lundi parjuré a lieu le lundi qui suit l’Épiphanie, c’est-à-dire le lundi qui suit le 6 janvier. Dans les faits, ça tombe donc toujours en janvier, et ça peut varier d’une année à l’autre selon le jour de la semaine où tombe le 6.

Où cette tradition est-elle la plus vivante ?

Le Lundi perdu reste particulièrement vivant à Tournai et dans certaines zones du Hainaut, où l’on parle parfois du “troisième réveillon” tant l’ambiance peut être festive. Il est aussi très présent dans la province d’Anvers, et on retrouve des traces de traditions proches dans le nord de la France (Lille, Douai), même si l’esprit et les variantes locales peuvent changer.

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Pourquoi ça s’appelle “Lundi perdu” ?

L’explication la plus simple est aussi la plus parlante : c’était un lundi où l’on arrêtait le travail (ou on le reprenait mollement) pour célébrer la journée. Une journée “perdue” pour la productivité, donc, mais “gagnée” pour la convivialité.

Dans la logique populaire, c’est exactement ce que le nom évoque : après la période des fêtes et juste après l’Épiphanie, on s’accorde encore une parenthèse, comme un dernier clin d’œil à l’hiver festif avant de replonger dans le rythme normal.

Et “Lundi parjuré”, ça veut dire quoi ?

Le terme “parjuré” est plus mystérieux et plus ancien. Une explication traditionnelle évoque des usages médiévaux où des assemblées (ou formes de plaids) invitaient les gens à dénoncer des faits ou délits restés impunis, après serment. Le mot pourrait aussi avoir une explication linguistique et folklorique, et il existe plusieurs interprétations qui circulent selon les sources et les récits.

Dans tous les cas, aujourd’hui, on retient surtout une chose : ce n’est pas un délire morbide, c’est un terme de folklore ancien qui a survécu dans le langage, tandis que la tradition, elle, s’est transformée en une grande journée de repas et de jeu à table.

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Le cœur du Lundi perdu : un repas codifié (et du lapin)

Ce qui rend le Lundi perdu vraiment unique, c’est que dans certains endroits — notamment à Tournai — le repas n’est pas juste “un bon dîner d’hiver”. Il est codifié, avec des plats traditionnels et une ambiance de rituel convivial.

Dans la version tournaisienne la plus connue, on retrouve souvent :

  • une petite saucisse en entrée (souvent avec compote ou chou)
  • le plat star : le lapin (lapin à la tournaisienne, souvent avec pruneaux et raisins)
  • une salade dite “tournaisienne”
  • et en dessert, une touche Épiphanie : galette des rois

Pourquoi le lapin ? Parce que c’est devenu le marqueur du Lundi perdu : le plat qui dit “on est en Lundi perdu”, celui qui revient d’année en année dans les familles, les restos, les tablées d’amis.

Le jeu des “billets des rois” : le détail qui rend la tradition vivante

Dans certaines familles et tablées (surtout du côté de Tournai), on commence le repas avec un petit rituel : on tire les “billets des rois” (ou des rôles). L’idée : attribuer à chacun un personnage ou une fonction à table, et surtout désigner un roi.

Ça donne une ambiance de repas “mis en scène”, mais sans se prendre au sérieux : c’est convivial, ça fait parler, ça fait rire, et ça rend la soirée mémorable. Ce type de rituel explique pourquoi la tradition a tenu si longtemps : ce n’est pas seulement un plat, c’est une expérience.

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Recette : le lapin à la tournaisienne (version maison)

Si vous voulez pousser le délire jusqu’au bout, voilà une version “maison” très proche de l’esprit traditionnel : un lapin mijoté, avec pruneaux et raisins, simple et généreux.

Ingrédients (4 personnes)

  • 1 lapin découpé
  • 4 oignons
  • 10 à 15 pruneaux
  • 1 poignée de raisins secs
  • 2 cuillères à soupe de farine
  • 1 branche de thym
  • 1 feuille de laurier
  • Beurre (ou huile)
  • Sel, poivre
  • Un peu de cassonade (facultatif, selon le goût)

Préparation

Fais dorer les morceaux de lapin dans une cocotte avec le beurre. Ajoute les oignons et laisse-les roussir doucement. Saupoudre de farine, mélange, ajoute thym + laurier, puis couvre d’eau juste à hauteur. Ajoute pruneaux + raisins et laisse mijoter à feu doux jusqu’à ce que la viande se détache facilement. Ajuste l’assaisonnement et, si tu aimes le sucré-salé, une pointe de cassonade peut arrondir la sauce.

À servir avec des pommes de terre (vapeur, à l’eau) ou ce que ta table préfère. L’idée, c’est que ce soit simple, chaud, généreux.

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Conclusion

Le Lundi perdu / Lundi parjuré est une de ces traditions belges qui résument bien l’esprit du pays : un mélange d’histoire, de folklore, de convivialité, et de bonne bouffe. Si vous voulez redécouvrir une Belgique plus vraie, plus locale, plus chaleureuse, c’est typiquement le genre de coutume qui mérite d’être remise en lumière… ne serait-ce que pour l’excuse officielle de manger du lapin en janvier.