Le décalage de la Libération et le poids du onze novembre
Pour comprendre le statut particulier du huit mai en Belgique, il faut d’abord analyser le déroulement des opérations militaires à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Contrairement à d’autres pays européens qui ont dû attendre le printemps dix-neuf cent quarante-cinq pour voir les troupes d’occupation allemandes battre définitivement en retraite, la majeure partie du territoire belge a été libérée par les forces alliées dès le mois de septembre dix-neuf cent quarante-quatre.
L’entrée des troupes britanniques et américaines à Bruxelles et à Liège au début de l’automne dix-neuf cent quarante-quatre a provoqué des scènes de liesse populaire monumentales qui sont restées gravées comme le véritable moment de la délivrance pour la population civile. Par conséquent, lorsque la capitulation officielle du Troisième Reich est signée à Berlin le huit mai dix-neuf cent quarante-cinq, les Belges ont déjà repris le cours de leur vie depuis plusieurs mois, atténuant grandement le choc émotionnel et symbolique de cette date précise.
De plus, l’histoire politique de la Belgique a toujours privilégié le onze novembre, jour de l’Armistice de la Première Guerre mondiale, comme la date centrale et absolue de la mémoire nationale. Le monument du Soldat inconnu à Bruxelles célèbre les combattants des deux conflits mondiaux, et les autorités de l’époque ont jugé qu’un seul grand jour férié dédié au souvenir militaire était suffisant pour maintenir la cohésion républicaine et honorer le sacrifice des soldats.