Pourquoi le 8 mai n’est-il pas un jour férié en Belgique ? Le secret politique et économique d’une date oubliée !

Pourquoi le 8 mai n’est-il pas un jour férié en Belgique ? Le secret politique et économique d’une date oubliée !

Alors que la France voisine et de nombreuses nations européennes s’arrêtent chaque huit mai pour commémorer la capitulation de l’Allemagne nazie en dix-neuf cent quarante-cinq, la Belgique se distingue en traitant cette journée historique comme un jour ouvrable ordinaire. Ce choix, qui surprend souvent les observateurs extérieurs, s’explique par un décalage chronologique lors de la Libération, une refonte économique radicale dans les années quatre-vingt et un débat mémoriel toujours brûlant. Découvrez les dessous de cette exception belge.

Le décalage de la Libération et le poids du onze novembre

Pour comprendre le statut particulier du huit mai en Belgique, il faut d’abord analyser le déroulement des opérations militaires à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Contrairement à d’autres pays européens qui ont dû attendre le printemps dix-neuf cent quarante-cinq pour voir les troupes d’occupation allemandes battre définitivement en retraite, la majeure partie du territoire belge a été libérée par les forces alliées dès le mois de septembre dix-neuf cent quarante-quatre.

L’entrée des troupes britanniques et américaines à Bruxelles et à Liège au début de l’automne dix-neuf cent quarante-quatre a provoqué des scènes de liesse populaire monumentales qui sont restées gravées comme le véritable moment de la délivrance pour la population civile. Par conséquent, lorsque la capitulation officielle du Troisième Reich est signée à Berlin le huit mai dix-neuf cent quarante-cinq, les Belges ont déjà repris le cours de leur vie depuis plusieurs mois, atténuant grandement le choc émotionnel et symbolique de cette date précise.

De plus, l’histoire politique de la Belgique a toujours privilégié le onze novembre, jour de l’Armistice de la Première Guerre mondiale, comme la date centrale et absolue de la mémoire nationale. Le monument du Soldat inconnu à Bruxelles célèbre les combattants des deux conflits mondiaux, et les autorités de l’époque ont jugé qu’un seul grand jour férié dédié au souvenir militaire était suffisant pour maintenir la cohésion républicaine et honorer le sacrifice des soldats.

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La suppression économique de l’année dix-neuf cent quarante-trois

Le huit mai n’a pourtant pas toujours été un jour ordinaire en Belgique. Dans les années qui ont suivi la fin de la guerre, cette date était bel et bien reconnue comme un jour de fête et de congé pour les écoles, les banques et les administrations publiques, permettant la tenue de grands défilés militaires et de cérémonies officielles d’hommage.

Le grand tournant se produit en dix-neuf cent quatre-vingt-trois, sous le gouvernement mené par le Premier ministre Wilfried Martens. À cette époque, la Belgique traverse une crise économique structurelle majeure, marquée par un taux de chômage élevé et un déficit budgétaire inquiétant. Pour relancer la productivité du pays et harmoniser le calendrier du travail, le gouvernement décide de passer au crible l’ensemble des jours fériés légaux afin de réduire leur impact financier sur les entreprises nationales.

Le mois de mai comptait déjà de très nombreux jours chômés, entre la fête du Travail le premier mai, la célébration chrétienne de l’Ascension et les fêtes de la Pentecôte. Estimant que cette accumulation de jours non travaillés pénalisait lourdement la compétitivité économique de la Belgique par rapport à ses partenaires commerciaux internationaux, le pouvoir législatif a pris la décision radicale de supprimer officiellement le caractère férié du huit mai, reléguant les commémorations au week-end le plus proche.

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La fragmentation de la mémoire et le combat pour le retour du congé

Cette suppression administrative a entraîné au fil des décennies une fragmentation de la mémoire collective autour de la Seconde Guerre mondiale. Sans le cadre structurant d’un jour férié national, les cérémonies officielles ont perdu de leur visibilité, et la transmission de l’histoire s’est largement décentralisée vers des initiatives locales, associatives ou privées, souvent centrées sur la bataille des Ardennes ou la libération des ports stratégiques.

Cependant, depuis l’année deux mille vingt-deux, un vaste mouvement social et politique baptisé la Coalition du huit mai a vu le jour pour réclamer la réinstauration de ce jour férié. Porté par des syndicats, des associations de mémoire, des historiens et des personnalités du monde culturel, ce collectif affirme que le retour d’un jour férié est indispensable pour sensibiliser les jeunes générations aux dangers du fascisme et célébrer la victoire de la démocratie et des droits humains.

Des propositions de loi et des résolutions ont été déposées et discutées au sein des différents parlements du pays, notamment en Wallonie et à Bruxelles. Si certains parlements régionaux ont voté des motions symboliques de soutien, aucun accord global n’a encore été validé au niveau fédéral pour modifier la législation du travail. Les débats se heurtent toujours au refus du monde économique, qui craint le coût financier d’un jour férié supplémentaire, maintenant la Belgique dans son statut unique de pays où la fin de la guerre se commémore au bureau.