Une chasse aux sorcières bien réelle
Contrairement à une idée reçue, la grande chasse aux sorcières n’a pas eu lieu au Moyen Âge, mais surtout entre la fin du XVIe et le milieu du XVIIe siècle. Dans nos régions, les procès étaient le plus souvent menés par la justice civile. Une vache qui meurt, une récolte perdue, un enfant malade : le moindre malheur pouvait être attribué à une voisine soupçonnée de maléfices. Les aveux, indispensables pour condamner, étaient obtenus sous la torture, et les condamnées étaient généralement étranglées avant d’être brûlées.
1. Le procès de Spa, en 1616
Bien avant de devenir une ville d’eaux réputée, Spa a été le théâtre de l’un des plus importants procès de sorcellerie de Belgique. En 1616, quatorze femmes sont reconnues coupables. Dix sont exécutées, et quatre autres seraient mortes en prison, probablement sous la torture. Les historiens y voient un procès entièrement orchestré par les autorités.
2. Les sœurs Jamin, brûlées à Grupont en 1618
Jehenne, Marie, Jejenne et Alix Jamin étaient quatre sœurs paysannes de Neuvillers, près de Libramont. En 1618, elles sont accusées de sorcellerie, jugées et condamnées au bûcher. Le 29 mars 1618, Jehenne est conduite sur la colline de Bel-Air, près de Grupont, où le bourreau l’étrangle avant d’allumer le feu. Sous la torture, les sœurs avaient dénoncé d’autres personnes, dont plusieurs furent brûlées à leur tour la même année.
En 2018, pour les 400 ans de leur exécution, les habitants de Grupont ont inauguré un parcours mémoriel baptisé « De la rumeur au bûcher », qui permet de découvrir leur histoire sur place.
3. Margriet Herroes, la femme qui n’a jamais avoué
À Looz, dans le Limbourg, Margriet Herroes est accusée de sorcellerie au milieu du XVIe siècle. Plus de 400 témoins sont interrogés. Torturée à plusieurs reprises, y compris en public, elle refuse obstinément d’avouer être une sorcière. Elle meurt en 1551, et son histoire reste l’un des témoignages les plus poignants de la violence de ces procès.
4. Ellezelles, le village des sorcières
Au Pays des Collines, Ellezelles a fait des sorcières son emblème. Tout est parti de la découverte, par l’artiste local Jacques Vandewattyne, dit Watkyne, que cinq femmes auraient été brûlées comme sorcières dans le village au début du XVIIe siècle. Pour leur rendre hommage, il crée en 1972 le Sabbat des sorcières, devenu l’un des grands rendez-vous du folklore belge. Il a lieu chaque année le dernier samedi de juin, avec spectacle nocturne et cortège de « chorchîles », les sorcières en patois local.
Le reste de l’année, partez sur le Sentier de l’Étrange : une balade d’environ 5 kilomètres jalonnée d’une cinquantaine de sculptures de sorcières, de loups-garous et de créatures nées de l’imagination de Watkyne. La sorcière Quintine a même donné son nom à une bière locale.
5. Les macrâles de Vielsalm
Dans les Ardennes, les sorcières s’appellent les macrâles. Chaque année, le soir du 20 juillet, Vielsalm célèbre leur nuit avec un grand rassemblement folklorique, où des sorcières costumées envahissent les rues. Une tradition joyeuse qui rappelle combien la figure de la sorcière reste vivante dans l’imaginaire ardennais.
6. La chasse aux macrâles d’Ermeton-sur-Biert
Dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, Ermeton-sur-Biert rejoue la chasse aux sorcières lors de la « Tchesse aux Macrales ». Les sorcières y sont jugées à l’ancienne, mais avec beaucoup d’ironie. Une manière décalée de se souvenir d’un passé bien sombre.